Interview de Amine BERRADA SOUNNI, Président de la FENAGRI - FOOD MAGAZINE Novembre 2009

« La FENAGRI doit être plus forte, avec une base, des membres beaucoup plus actifs » .....

Nous avons sollicité toutes les associations pour essayer de recenser toutes les problématiques sectorielles. Il en est ressorti 4 grands axes pour le développement de la filière industrielle. Le premier chantier est l’accès aux intrants, en particulier pour les entreprises de seconde transformation, qui payent des droits de douane sur les matières premières alors que des produits finis rentrent à 0 ; c’est une aberration.

La deuxième problématique est le combat contre la sous-facturation, qui touche tous les secteurs, et qui rend superficiellement moins cher les produits qui en bénéficient.

Le troisième problème est la réglementation et la philosophie de la réglementation. Nous estimons qu’il y a un déficit de réglementation, et, quand elle existe, elle n’est pas réellement efficace ni appliquée. Quand la réglementation date de 1914 ou 1920, elle n’est plus d’actualité ! Le gouvernement a entamé une démarche, mais le chantier est énorme et nécessite un travail minutieux et aussi une philosophie de contrôle du produit fini et non du process. Les pouvoirs publics veulent mettre en place le HACCP, c’est-à-dire imposer des process aux industries alors qu’ils devraient plutôt contrôler la qualité et la sécurité du produit fini, pour toute la filière, producteurs comme importateurs. Appliquer une règle seulement aux industriels est aussi un danger car il y a beaucoup de produits de Chine, de Turquie… qui rentrent sur le marché sans respecter la réglementation en vigueur ou les normes d’étiquetage.

Quatrièmement, un des gros problèmes est la TVA. La politique du gouvernement a toujours été axée en faveur de l’agriculture. L’agriculture est sacrée au Maroc, donc on l’a défiscalisée. Mais le différentiel entre la TVA sur les produits agricoles et la TVA sur les produits agroalimentaires est tel – 20% ! - que c’est un frein important pour le développement de l’industrie. Prenez une orange qui vaut 2 Dirhams. Cette même orange, au moment où vous décidez de la presser, coûte déjà 2,40 à un industriel avant sa transformation en jus. Un agriculteur est défiscalisé car il ne paye ni IS ni TVA. S’il décide de transformer son produit il doit supporter la TVA sur le produit agricole également. Faire le pas de la transformation (l’industrie) lui coûte trop cher. S’il transforme son produit, ce sera de façon informelle en dehors de tous les circuits de contrôle sanitaires. Cet informel comporte des risques sérieux d’intoxication de la population marocaine. En Europe par exemple, la TVA sur les produits agroalimentaires tourne autour de 6%. En Espagne, elle est de 8% mais il n’y a pas de différentiel avec la TVA agricole. En soi, un taux de TVA élevé incite à l’informel, mais un différentiel élevé freine encore plus le développement de l’industrie. .....

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